3 questions JC Gallotta
© Simon Cavalier

Comment avez-vous imaginé Nous, résidents de la République ?
Nous avons fait un premier travail à EST avec le metteur en scène Moïse Touré il y a deux ans. Des ateliers, des présentations scéniques.
Le Président de l’Université, Patrick Lévy, et l’équipe de la Direction de la Culture et de la culture scientifique ont pensé que nous pourrions aller plus loin et proposer quelque
chose de plus vaste. Nous avons donc imaginé un projet qui englobe les étudiants, les personnels, les enseignantschercheurs, tous les « résidents » du campus, et de ce fait des personnes de tous âges, un peu à la manière de ce que nous avions fait dans nos « Chroniques chorégraphiques » ou de ce que nous venons de faire avec « Rêves de Bourges ». Nous avons baptisé ce projet Nous, résidents de la République en hommage à Alain Bashung disparu il y a dix ans et parce qu’il nous apparaît que ce type de travail excède le champ artistique lui-même, il est aussi un rendez-vous citoyen.

Qu’est-ce qui vous séduit dans cette idée d’un projet participatif et pluridisciplinaire ?
Au-delà de nos spectacles produits et montrés dans des conditions habituelles, nous avons toujours cherché à faire sortir l’acte artistique de son territoire, en ouvrir d’autres, inventer d’autres formes, avec d’autres publics, d’autres participants et d’autres disciplines. La danse permet cela. C’est un art labile, enclin à se nourrir de tout, de texte, de
musique, de gestuelles venues d’ailleurs. La danse n’a pas de limites, elle peut être onirique, politique, abstraite, combattante. Un projet participatif et pluridisciplinaire comme celui-là permet à la danse d’explorer toutes ses potentialités. À partir de tous les corps, de toutes les propositions, de toutes les disciplines, elle a cette faculté de
pouvoir construire un objet artistique cohérent et harmonieux.

Pourquoi ce projet vous tient-il à coeur ?
Peut-être d’abord parce que je suis d’ici, de Grenoble, que le contact avec les forces vives de ce territoire m’importe. Travailler sur ce projet avec le campus de l’Université Grenoble-Alpes a une double vertu : c’est en effet travailler avec le local mais sans s’y enfermer, car ce local est nourri de gens souvent venus d’ailleurs, voire de loin, parfois
pour quelques années seulement. Ils nous apportent ce qu’ils sont et la danse, comme d’ailleurs la cité elle-même, a terriblement besoin de cet entremêlement de souffles différents. « Nous, résidents de la République » a aussi pour objet de rassembler. Avec des moyens artistiques, nous avons ce travail à faire de combattre l’éclatement de nos vies, le dispersement de nos chemins, la barrière des âges et des générations, les communautarismes qui nous guettent.